Vents stellaires et pertes de masse :
Les noyaux [WR] des nébuleuses planétaires et
les WR massives
Divers chercheurs ont
apporté leur collaboration : Köppen Joachim, observatoire de
Strasbourg ; Cuisinier François,
Université de Rio de Janeiro, Brésil ; Gesiki Kris et Szcerba Richard,
Institut d’astronomie, Torun ; Lundström
Ingemar, Lund, Norvège ; Parthasarathy
Mudumba, Bengalore, Inde ; Garcia-Segura
Guillermo, Institut d’astronomie UNAM, Mexico.
Le phénomène WR : vents fragmentés,
nébuleuses turbulentes
Le phénomène WR marque les dernières étapes de la vie stellaire, et se
manifeste par des vents violents conduisant à un spectre dominé par de larges
émissions, similaires pour les étoiles WR massives et les étoiles [WR] de
faible masse au centre de nébuleuses planétaires. L’impact sur l’environnement
circumstellaire et l’écologie du milieu interstellaire est important par
l’apport de matière et d’impulsion.
Quelle que soit la masse
de l’étoile, l’histoire des vents est comparable : le vent rapide et ténu
succède à un vent plus lent et plus dense éjecté à un stade évolutif AGB ou LBV
antérieur (de quelques milliers d’années seulement) ; ce vent épais
détermine la masse et la chimie de la nébuleuse observée. D’autre part, la
collision du vent rapide avec le vent lent détermine en grande partie la
morphologie des nébuleuses éjectées.
Une analyse de spectres d’étoiles WR a été entreprise par A. Acker et
ses collaborateurs, pour contraindre les mécanismes d’accélération et de
maintien des vents au cours de leur histoire, et étudier les singularités des
enveloppes éjectées. Ces travaux, soutenus par le PNPS et le PICS
France-Pologne, ont été conduits partiellement (en particulier pour les WR
massives) en collaboration avec l’Université de Montréal, dans le cadre de 2
thèses en co-direction Moffat-Acker : Y. Grosdidier (1997-2000, une
co-direction jugée excellente et nous valant en 2001 le 1er prix de
l’encadrement de thèse en co-tutelle octroyé au Québec) ; et Laure Lefèvre
(2002-2006).
Les résultats obtenus ont paru dans 13 publications dans A&A et ApJ
(dont 6 avant 2000), plus un article de revue et 4 posters au Symposium IAU 209
(Planetary Nebulae, Canberra, Proceedings 2004), et 2 posters au Symposium IAU
212 (Massive stars, Mexico 2002), plus 2 autres communications (Mexico2000,
Torun2000).
v
Les étoiles WR au centre de nébuleuses
planétaires (ECNP)
Les NP
constituent une phase de quelques 104 ans dans l’évolution d’étoiles
de 0.8 à 5-8 masses solaires. Cette étape suit le stade post-AGB, qui, lui, ne
dure que quelques 103 ans. La plupart de ECNP ont une
atmosphère riche en hydrogène, et moins de 10% ont une enveloppe pauvre en H et
sont de type [WR], ce qui implique un rapport luminosité/masse élevé, donc une
active combustion en couches. L’observation des ECNP de type [WR] permet de
poser des contraintes sur les modèles théoriques d’étoiles à combustion
d’helium.
Depuis 1994, une centaine de
spectres (ESO tél.1.52+BC, 3.60+EFOSC, 1.4+CAT, et OHP tél.1.52+Aurélie) à bon
rapport signal/bruit, ont été obtenus par A. Acker dans les trois buts
suivants, qui nécessitent un pouvoir de résolution croissant : 1/ quantifier la séquence évolutive des
[WR] (tout le spectre stellaire dans le domaine optique, R=1500) ; 2/ analyser la loi de vitesse du vent
stellaire (profil de raies d’émission stellaires, R~10 000) ; 2/ étudier le champ de vitesse dans la
nébuleuse autour des [WR] (profil des raies nébulaires, R~60 000). L’étude
est compliquée par le fait que les ECNP sont faibles (magnitude de 10 à 14 pour
les 30 les plus brillants), et les raies stellaires larges et parfois mélangées
avec les raies nébulaires.
1/ La séquence évolutive des étoiles [WC/WO] est
régie parl’histoire des vents
- Une nouvelle grille de
classification quantitative des étoiles [WR], établie par A. Acker, est
basée sur 20 rapports de raies à potentiel d’ionisation croissant, et met en
évidence deux séquences de spectres (sans relation avec l’abondance chimique),
les plus chauds dominés par les raies de l’oxygène ionisé (types [WO1] à
[WO4]), les plus froids dominés par les raies moins ionisées du carbone (types
[WC4-11]). Contrairement aux WR massives, les types chauds [WO 1-4] et [WC4]
dominent largement, et le type WN est absent.
- Les vents vont en accélérant
en suivant la séquence évolutive, depuis [WC11] (suivant immédiatement la
phase post-AGB) aux [WC4], puis atteignent des vitesses terminales de 5000
km/sec pour un petit groupe d’étoiles [WO4pec] (découvertes dans ce travail),
pour se stabiliser ensuite à haute température stellaire. Il est possible que
cette grande vitesse marque la transition entre les phases initiales de
l’éjection de masse – faible régime inertiel, dominé par la poussée du moment
du vent - et les phases ultérieures poussées par l’énergie, en relation avec le
champ de vitesse turbulent des nébuleuses elles-mêmes (Acker & Neiner
2003).
- La transition entre les
stades proto-NP et NP est étudiée,
lien mal connu en particulier à cause de l’enveloppe AGB poussiéreuse. A partir
de spectres à hautes résolution et signal/bruit d’environ 50 objets (dont env.
10 sont déjà observées), en collaboration avec R. Tylenda et M. Schmidt
(Torun), nous déterminons Teff et log g, puis en comparant avec les modèles
(Torun), nous déduisons la masse (entre 0.55 et 0.65 masses solaires pour les
noyaux NP). L’évolution des vents nous donnera peut-être des indices sur la
formation du phénomène [WR] ?
Une séquence régie par le vent :
Variations de la vitesse terminale et de la température du vent le long de la séquence évolutive [WC11] à
[WO1], en passant par des valeurs maximales pour les étoiles [WO4pec]
découvertes ici. Acker
& Neiner, 2003

2/ Les vents stellaires chauds des étoiles [WC/WO] apparaissent tous
fragmentés et intermittents


Variations du profil des raies CIII et CIV du spectre du
noyau [WC8] de NGC 40, sur une
période de 400 min (1.52m OHP).
Des vents stellaires fragmentés : Le suivi temporel de raies stellaires CIII et CIV montre des
sous-structures rapidement variables sur le « plateau » des
émissions (Grosdidier, Acker, Moffat, 2000, 2001). Pour 6 ECNP de types
[WO] et [WC], on trouve une loi
de vitesse empirique du vent avec b = 3-6 (au lieu ½). Les
vents apparaissent variables de façon stochastique sur des échelles
temporelles relativement courtes, ce qui est compatible avec une origine
turbulente. Cette variabilité est tout à fait similaire à celle observée pour
deux WR massives de type WC 9 et WC 8. Donc, le processus de fragmentation des vents
apparaît comme étant un phénomène purement atmosphérique, malgré les
grandes différences entre les deux types d’étoiles progéniteurs.
3/ Les nébuleuses autour des étoiles [WC/WO] sont
turbulentes !
Des nébuleuses turbulentes : Profils à haute
résolution des raies Ha, [OIII] et
[NII] d’une nébuleuse à noyau O (en haut, 1.52m OHP), et de 3 nébuleuses à
noyau WC : ici, des mouvements turbulents élargissent toutes les
raies, quelles que soient la largeur thermique et la vitesse d’expansion
(en bas, CAT-ESO). Acker,
Gesicki, Grosdidier, 2002

- Pour sonder le champ de vitesses des
nébuleuses éjectées par les étoiles [WR], nous avons utilisé le code de Torun
(Richard Sczcerba) appliqué par Kris Gesicki aux nébuleuses planétaires. Une
collaboration régulière s’est nouée autour de ce thème, grâce au soutien du
PICS France-Pologne.Des observations à très haute résolution spectrale de 4 à
11 raies nébulaires ont été comparées aux raies modélisées, pour en déduire les
distributions radiales en vitesse et densité des gaz nébulaires (stage de DEA
de Coralie Neiner, Neiner et al. 2000).
- Les raies de 16 NP à noyau [WR] comparées à
celles de à 8 NP « normales » ont montré une évidence spectrale de
vitesses turbulentes finies, superposées à une expansion pratiquement constante
pour les [WR] – alors que la vitesse d’expansion croît vers l’extérieur pour
les NP autour d’étoiles O, dans lesquelles aucune turbulence n’est décelée.
Cette étude suggère que les [WR] se trouvent relativement plus longtemps que
les autres ECNP dans le premier régime de perte de masse, où les zones les plus
denses du vent fragmenté peuvent perdurer à cause des vents très rapides des
étoiles [WR] permettant aux inhomogénéités du vent d’exciter des instabilités
engendrant la turbulence observée (Acker et al. 2002).
- L’étude de la cinématique interne et de la
turbulence a été élargie à l’étude du champ de vitesses de 73 NP. La vitesse
d’expansion et le rayon nébulaire conduisent à un âge dynamique ; utilisant la
température stellaire, on peut évaluer la luminosité, et la masse du noyau des
NP (en comparant avec des tracés évolutifs) : les 73 objets se
concentrent autour du tracé de Schoenberner de 0.61 Msol, ce qui est un peu
supérieur à la masse des naines blanches locales (Gesicki, Acker, Zijlstra, 2003).
- Enfin, dans un stage de DEA 2003, Pascal
Girard conduit sous la direction de A. Acker et J. Köppen l’étude chimique
des NP à noyau [WR] : ont-elles une abondance N/O et He/H plus
importante que les autres NP, indiquant alors un progéniteur plus massif ?
L’abondance varie-t-elle le long de la séquence évolutive ? (Köppen et al.
2006).
v
Les étoiles WR massives

1 - La nébuleuse M1-67 autour de WR 124, étoile WN massive, a été observée à haute résolution spatiale (http://cfa-www.harvard.edu/~pberlind/atlas/htmls/wrstars.html). La
structure en densité a été analysée à partir de nos images HST et CFH
(Fabry-Perot 2D) : coquille épaisse en accélération, sans
bipolarité ; découverte d'une structure chaotique en filaments, et de
structures à petite échelle, avec un régime semblant intermittent.
Pour le champ de vitesses : sur
toute la nébuleuse, une corrélation apparaît entre les "résidus" en
vitesse radiale et la distance à l'étoile, de 0.02 à 0.22 pc, ce qui est
l’indice d'un faible régime inertiel, mais sans corrélation avec la structure
du champ de densité.
Le modèle de la phénoménologie
de la turbulence supersonique compressible (et non celle à la Kolmogorov)
est confirmé sur au moins deux ordres de grandeur en distance projetée. De plus
la fonction de structure à l'ordre 2 confirme les lois empiriques de
Larson ; ces deux resultats se comprennent si le champ de vitesse est
multifractal (i.e. l'exposant de "rugosité" dépend de la
position) – ce qui est clairement prouvé par l'analyse DTM donnant des indices
~1.90-1.92 et C1 ~0.04.. Cette étude pourrait être reliée à une
estimation des fluctuations de température et d’anomalies chimiques (Grosdidier
et al. 2002).
2 - La
transition entre les étoiles massives O,B et les étoiles WR est étudiée (thèse de Laure Lefèvre) en
comparant les variations temporelles observées pour les deux types d’étoiles en
photométrie et en spectroscopie, et en particulier avec le microsatellite
canadien MOST (Microvariabilité et Oscillations Stellaires, lancement 2003)
(Lefèvre et al. 2005,2006).
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En conclusion,
cette étude des étoiles WR (ECNP et WR massives) nous a permis de décrire,
pour la première fois, une histoire complète des vents, depuis leurs propriétés
à la surface de l’étoile jusqu’à leur interaction avec le milieu pré-existant,
dans le cadre d’un scénario de vents interactifs perturbés par des instabilités
hydrodynamiques et radiatives.
-
L’universalité de la variabilité et de la
fragmentation des vents a été démontrée, quelle que soit la masse de l’étoile.
- La
cinématique des gaz éjectés par les étoiles WR peut être décrite par des
mouvements turbulents surimposés à une expansion globale. Notre étude
statistique de la nébuleuse M1-67 ouvre une voie pour quantifier la turbulence.