[Orion 56/2 (1998) 23-24]
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Aucun progrès en un siècle?

André HECK
Strasbourg Astronomical Observatory
11, rue de l'Université
F-67000 Strasbourg, France

Résumé: Une comparaison de la distribution générale actuelle des installations d'observations astronomiques sur la planète ne montre pas de différence significative avec ce qu'elle était au début du siècle. Ce résultat est interprété comme étant, bien au-delà de notre discipline, une indication de notre incapacité d'apporter et d'épanouir non seulement l'enseignement supérieur et la recherche aux pays du tiers-monde et en voie de développement, mais aussi les activités culturelles au sens large.

ProfObs

La base de données StarWorlds décrite précédemment en ces pages (Heck 1997) est une source unique en son genre d'informations exhaustives et à jour sur les organisations astronomiques et associées. Elle inclut les institutions de recherche tout comme les associations, observatoires publics, planétariums, etc.. Les coordonées des installations d'observation (ou de réception) figurent, lorsqu'elles sont disponibles, parmi les données fournies. Elles permettent ainsi d'étudier les distributions géographiques des sites professionnels et publics comme les graphiques 1 à 3 l'illustrent.

Les études de ce type ne sont pas nombreuses, mais une comparaison très intéressante peut être faite avec une carte des institutions professionnelles publiée au début du siècle par Stroobant et al. (1907). La similarité de tous ces graphiques est frappante et est d'ailleurs confirmée par une étude intermédiaire (Heck 1991). ObsPubl+Plan

En dehors des fortes densités en Europe et dans la moitié Est des États-Unis, ce qui frappe le plus est le vide désespérant de la plus grande partie du continent africain. La situation ne s'est pas améliorée au cours du siècle et une telle persistence est réellement inquiétante. Un commentaire analogue est également d'application pour la plupart des pays que nous appelons du tiers-monde ou en voie de développement.

L'astronomie a la particularité d'avoir remarquablement pénétré le grand public avec un réseau d'associations et d'organisations d'amateurs. Certains de ceux-ci sont bien équipés pour effectuer des observations de qualité et ils participent parfois aux activités professionnelles. Le besoin humain profond de comprendre l'univers a aussi conduit des collectivités ou des organisations officielles à créer des observatoires publics et des planétariums, satisfaisant ainsi les nécessités éducatives scolaires et les intérêts culturels du grand public. AmatObs

Sur la base de temps considérée ici (presqu'un siècle), on aurait logiquement espéré une homogénisation (ou au moins une certaine tendance vers celle-ci) des distributions de ces activités sur l'ensemble de la planète, particulièrement parce que ce siècle a été si actif à mettre sur pied des programmes d'assistance, de coopération et d'éducation de toutes sortes en faveur des pays du tiers-monde et en voie de développement.

S'il y a eu dans ces régions des progrès éducatifs et culturels globaux, il n'y a a priori pas de raison que l'astronomie en ait été exclue et ceci devrait se répercuter et être visible dans les illustrations, d'autant plus que les concentrations historiques en Europe et dans le Nord-Est américain attestent que les cieux nuageux et les climats pluvieux n'empêchent pas le développement d'observations astronomiques professionnelles et publiques. Or, plutôt qu'une homogénisation des distributions, on voit surtout un renforcement de ces concentrations existant au début du siècle. Stroobant

Quant aux activités astronomiques professionnelles, elles sont certainement liées de nos jours à un niveau relativement élevé (dans le contexte socio-historique[*]) de développement atteint par les pays ou les sociétés qui ont évidemment d'autres priorités à satisfaire d'abord. Les grandes installations professionnelles sont maintenant érigées dans des régions isolées sèches et en haute altitude (pour l'astronomie optique) ou protégées des interférences (pour la radioastronomie). Ces nouveaux sites (y compris en Antarctique) sont visibles sur les cartes récentes.

La plupart des départements d'universités pratiquant l'enseignement de l'astronomie ont en général de petits observatoires sur leur campus (souvent sur le toit d'un bâtiment) pour les travaux pratiques et la formation des étudiants. On détecte certainement un accroissement de tels sites sur les graphiques récents, mais à nouveau de façon trop peu significative dans les pays du tiers-monde et en voie de développement. Une telle stagnation nous interpelle d'une manière fondamentale sur la manière dont l'enseignement supérieur est traité dans ces parties du monde et sur ce que nous faisons pour l'améliorer.

Des esprits cyniques concluront qu'ils ne sont pas du tout surpris d'un tel résultat et ironiseront sur le financement à fonds perdus de l'assistance et de la coopération. Au-delà de telles conclusions primaires, il faut probablement envisager sérieusement de redéfinir les politiques, de réorienter les stratégies et d'offrir par exemple de façon beaucoup plus délibérée une participation aux ressortisants des pays concernés.

Bibliographie

Note

[*] Autrefois, il pouvait en être autrement, notamment lorsque les observations astronomiques étaient étroitement liées à d'autres activités comme les prédictions astrologiques, etc...


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